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Κυριακή 9 Ιανουαρίου 2011

Entre Turcs et rebelles kurdes, le retour au conflit armé
LE MONDE | 22.06.10 Istanbul Correspondance

Les troupes turques se sont déployées, lundi 21 juin, dans les régions frontalières de l'Irak, conduisant la plus vaste opération militaire menée depuis 2008 contre la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Des commandos, héliportés sur les crêtes montagneuses, ont pénétré de 10 kilomètres en territoire irakien au cours du week-end pour tenter d'encercler les rebelles.

Des bombardements aériens ont frappé les bases arrière dans lesquelles se retranchent plusieurs milliers de membres du PKK, de l'autre côté de la frontière. "Nous allons noyer le PKK dans son propre sang", a juré, dimanche, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, à Van, après une cérémonie de funérailles pour des soldats tués par "l'organisation terroriste (...) Ils ne vaincront jamais".
La Turquie a lancé des représailles de grande ampleur pour répondre à l'attaque, samedi, de la caserne d'un village, dans la région de Semdinli, à l'extrême sud-est du pays, qui a fait 23 morts dont 11 soldats, selon l'état-major turc. Dans un communiqué, le commandement du PKK affirme, lui, avoir tué 37 soldats et saisi des armes, dans cette embuscade menée par près de 300 hommes.
Le président turc, Abdullah Gül, a convoqué lundi en urgence les hauts responsables, civils et militaires, chargés de la lutte antiterroriste, après cette nouvelle flambée de violence. Depuis un mois, les accrochages sont quotidiens et s'étendent bien au-delà de la zone de population majoritairement kurde, le foyer habituel.
Le PKK, qui a rompu son cessez-le-feu le 31 mai, a annoncé vouloir propager ses attaques "dans toutes les villes de Turquie". Dans l'est et le sud du pays, une cinquantaine de soldats ou de miliciens supplétifs ont été tués en deux mois.
L'armée turque affirme avoir abattu plus de 130 rebelles depuis mars, dont une centaine dans des frappes aériennes en territoire irakien, fin mai. Au moins deux civils dans des villages auraient également été tués par ces bombardements, selon des sources kurdes.
Pour accroître la pression contre le PKK, M. Gül a prôné, lundi, le renforcement de la coopération lancée avec les pays frontaliers également concernés par la question : l'Irak et l'Iran. Le leader kurde du nord de l'Irak, Massoud Barzani, ne semble avoir d'autre choix que de laisser faire. Début juin, il s'est rendu pour la première fois en visite officielle à Ankara. Un signe de ralliement alors que les entreprises turques multiplient les investissements et les projets économiques au Kurdistan.
L'Iran, lui, mène la chasse aux rebelles kurdes du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan), la branche iranienne du PKK, également interdite. Ce mois-ci, Téhéran a mené des incursions au-delà de sa frontière avec l'Irak. Enfin, lundi, les Etats-Unis ont confirmé leur soutien à la Turquie : "Nous sommes prêts à examiner de manière urgente toute demande de l'armée ou du gouvernement turcs. (...) Le PKK est un ennemi commun", a précisé l'ambassadeur des Etats-Unis à Ankara, James Jeffrey.
Cette escalade militaire intervient après plusieurs mois de tensions politiques et sociales autour de la question kurde. La politique d'ouverture annoncée en 2009 par Recep Tayyip Erdogan a surtout coïncidé avec l'arrestation de nombreux adolescents et de dizaines de militants dans les villes de l'est du pays, accusés d'être liés au KCK, présenté comme l'extension urbaine du PKK.
Dans cette affaire, la justice a inculpé 151 personnes, samedi, dont Osman Baydemir, le maire - très populaire - de Diyarbakir, et plusieurs autres élus, accusés de reverser une partie de leurs salaires à l'organisation. Les poursuites frappent aussi avocats et journalistes. En mai, le rédacteur en chef du journal Welat, publié en langue kurde à Diyarbakir, a été condamné à 166 ans de prison.
Le gouvernement de M. Erdogan ne prend pas de risques à l'approche d'élections législatives, programmées avant l'été 2011. Les funérailles des "martyrs" turcs tombés au combat et la crainte d'une contagion aux grandes villes de l'ouest du pays réveillent le nationalisme turc. Et la provocation lancée par le PKK en octobre 2009, lorsqu'une "délégation pour la paix" a été envoyée d'Irak et accueillie triomphalement par des dizaines de milliers de personnes à la frontière, a été très mal ressentie. Au lieu d'une amnistie les membres de ce groupe ont été traînés en justice.
Chez les Kurdes aussi le nationalisme prospère. Mais, depuis son île-prison en mer de Marmara, le fondateur du PKK, Abdullah Öcalan, a reconnu ne plus contrôler les décisions prises par les chefs militaires dans les montagnes de Qandil, en Irak, et mis en évidence les divisions au sein du mouvement. Affaibli militairement, coupé de soutiens, le PKK tente de survivre politiquement, dans une région où l'influence de la Turquie s'étend.
Guillaume Perrier


Nouvel échec du dialogue
Août 2009
25e anniversaire du déclenchement de la guérilla du PKK. Le gouvernement turc lance un plan "d'ouverture démocratique" en direction des Kurdes.
Octobre
Retour en Turquie d'une délégation "pour la paix". Envoyée par le PKK depuis l'Irak, elle est accueillie par des dizaines de milliers de personnes à la frontière de Habur.
Décembre
Vagues d'arrestations contre des représentants du mouvement politique kurde légal, le DTP, parmi lesquels plusieurs maires élus. Le DTP est interdit.
19 mai 2010
Attaque d'un poste militaire à Semdinli : 23 morts, dont 11 soldats. Le lendemain, une opération aérienne est menée par l'armée turque contre les camps du PKK en Irak. La première depuis 2008.
31 mai
Attaque d'une base militaire à Iskenderun : 6 soldats tués.
21 juin
Incursion des troupes turques en territoire irakien.
Article paru dans l'édition du 23.06.10

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