Translate

Δευτέρα 10 Ιανουαρίου 2011

En attendant la chute de Kaboul
27.07.10 |
Gilles Dorronsoro, professeur de science politique à la Sorbonne
Contrairement à l'optimisme de commande qui teinte les déclarations de la conférence de Kaboul, la détérioration de la sécurité s'est accélérée depuis quelques mois, la perspective d'un gouvernement afghan capable d'assurer l'essentiel de sa défense en 2015 est totalement irréaliste et la question centrale de l'ouverture de négociations avec les Taliban a été une nouvelle fois évacuée.
La guérilla poursuit avec méthode une stratégie d'étranglement du dispositif allié qui menace maintenant les bases du régime. L'insécurité est telle que la route qui relie la capitale à Mazar-i Sharif, la troisième ville du pays, est régulièrement coupée par l'insurrection, au point qu'il est dangereux de l'emprunter pour des étrangers. (La route vers Kandahar, la deuxième ville du pays, est interdite depuis des années.) Le nord-est de l'Afghanistan est largement pénétré par les Taliban, y compris dans les zones non Pachtounes, ce qui montre la généralisation de l'insurrection aux zones jusque-là calmes. Mal conçue, l'opération de Marjah s'est conclue par un échec prévisible des forces américaines, qui remet en cause les principes même de la contre-insurrection menée par l'OTAN.
Les Taliban se battent avec acharnement contre les troupes américaines dans la région de Kandahar et ont systématiquement assassiné tous les notables qui voulaient travailler avec la coalition. En raison des consignes strictes pour limiter les pertes civiles, les soldats occidentaux voient et tuent fort peu d'insurgés, mais subissent des pertes importantes. Avec 102 morts en juin, nous sommes désormais près du niveau des pertes en Irak dans la phase la plus violente. Alors que l'administration afghane contrôle un territoire de plus en plus limité, les structures parallèles mises en place par les Taliban se développent rapidement. Le cœur de la stratégie de contre-insurrection – convaincre la population de soutenir le gouvernement – ne peut pas fonctionner dans ces conditions. Contrairement au mantra de la coalition, les pertes actuelles n'annoncent pas une amélioration pour l'an prochain, car la guérilla a étendu ses opérations à la presque totalité du territoire et pourrait être en position de remporter des victoires tactiques.
IMPOPULARITÉ
En posant le principe de l'afghanisation de la guerre dans un délai de quatre ans, la coalition fait preuve d'un irréalisme qui est, au moins dans les conversations privées, parfaitement reconnu. L'armée afghane sera incapable de résister à une poussée talibane à cette date. La progression du nombre de soldats et de policiers ne doit pas dissimuler les limites de la formation, notamment pour les officiers, et l'importance du turn-over. Le plus grave est cependant l'absence de perspectives politiques. Le renvoi du ministre de l'intérieur et du chef du renseignement, proches de l'OTAN, est un signe de l'autonomie accrue de Karzai. Mais celle-ci ne se traduit pas par une plus grande crédibilité du gouvernement afghan. Ce dernier se referme sur des réseaux de plus en plus étroits, ses appuis tendent à s'effriter chez les ethnies non pachtounes qui s'inquiètent de leur progressive marginalisation au sein des instances de décision. Son impopularité atteint des sommets à la fois chez les Pachtounes et dans les autres ethnies. Rappelons que probablement moins de 15 % des Afghans ont voté pour lui aux élections d'août 2010. Rien n'indique que le régime sera moins corrompu ou bénéficiera d'un soutien populaire en 2014. Les élections législatives prévues en septembre ne correspondront pas, même d'assez loin, aux normes démocratiques et le prochain Parlement sera probablement encore plus miné par la corruption et le népotisme.
DIALOGUE POLITIQUE
Dans ce contexte, l'idée de rallier les Taliban par une amnistie (dépôt des armes, acceptation de la Constitution) reflète, pour utiliser un understatement, d'une lecture un peu optimiste des rapports de force. D'autant que le président Karzai ne parvient pas à ouvrir des négociations avec l'insurrection en raison de sa faiblesse. En réalité, si aucune initiative n'est prise, les Taliban reprendront Kaboul militairement dès le départ des forces internationales. Et qu'on ne s'y méprenne pas : le retrait aura lieu quelle que soit la situation militaire sur le terrain, car les opinions publiques sont de plus en plus opposées à cette guerre (aux trois-quarts pour les opinions européennes).
Un dénouement catastrophique – la prise de Kaboul par les forces talibanes – ne peut être évité que par un dialogue politique. Ceux-ci préfèreront en effet une solution négociée plutôt que de (re)devenir un paria sur la scène internationale comme dans les années 1990. Anticipant leur victoire, les Taliban veulent dès maintenant projeter l'image d'une organisation responsable, c'est pourquoi ils ont globalement une attitude moins stricte avec la population et ne sont pas nécessairement opposés à laisser les ONG travailler dans les zones qu'ils contrôlent. Si les négociations sont bien menées, les pays occidentaux peuvent espérer obtenir des garanties internationales d'un gouvernement de coalition, notamment sur le non retour d'al Qaida.
Plus que l'expression d'une stratégie, le refus de négocier est lié aux contraintes de la politique intérieure américaine. Hillary Clinton se voit mal engager des négociations avec un mouvement responsable de sévères violations du droit des femmes et la Maison Blanche hésite devant le risque politique et les attaques probables des Républicains. Les pays européens et, au moins pour l'instant, la nouvelle diplomatie de l'UE n'ont pas le poids suffisant pour se démarquer de la politique américaine. La paralysie qui en résulte nous rapproche un peu plus chaque jour de l'inéluctable.
Gilles Dorronsoro est actuellement "visiting scholar" à la Carnegie Endowment for International Peace (Washington D.C.). Ses recherches portent sur la situation politique en Afghanistan et la question kurde en Turquie.

Δεν υπάρχουν σχόλια: