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Τρίτη 11 Ιανουαρίου 2011

Reportage
Le Kurdistan irakien peine à tirer profit de son "océan de pétrole"
16.08.10
Son nom évoque une rafale de Kalachnikov, mais c'est du "champagne" qui est extrait du champ pétrolier de Taq-Taq. "On sort du brut à l'état pur, quasiment sans gaz et sans eau, d'une très haute qualité. C'est le meilleur pétrole du monde",revendique le directeur de la production du site, Can Savun, employé par la compagnie turque Genel Enerji.
Situé à une heure d'Erbil, dans une région aride et montagneuse, le champ de Taq-Taq est l'un des deux sites de production de pétrole en activité dans la province autonome kurde d'Irak. "Ces puits ont été forés sous Saddam Hussein, dans les années 1970", montre M. Savun. La production - elle s'élève à 60 000 barils par jour - reste modeste selon la compagnie qui attend "depuis cinq ans" de pouvoir augmenter le volume. Un troisième puits va entrer en service ; sept autres sont prévus, sur la zone où opèrent conjointement Genel Enerji et Addax Petroleum, rachetée récemment par les Chinois de Sinopec.
Le ministre des ressources naturelles du gouvernement autonome kurde (GRK), Ashti Hawrami, parle d'un "océan de pétrole" pour évoquer le sous-sol de sa région. De 100 000 barils par jour, elle pourrait en produire dix fois plus d'ici cinq ans. La région kurde s'est jusqu'à présent heurtée à l'opposition du gouvernement central irakien de Bagdad, qui conteste le droit d'Erbil de signer ses propres contrats et d'exporter directement son pétrole sans en reverser les dividendes. Depuis plusieurs années, ce bras de fer retarde le boom pétrolier dans le nord de l'Irak qui abrite, selon les estimations, plus de 40 milliards de barils de réserves, environ 20 % des réserves irakiennes.
En 2009, le pétrole de Taq-Taq tout comme celui de Tawke, exploité par les Norvégiens de DNO, commençait à être exporté vers la Turquie mais Bagdad avait fait suspendre les exportations, en l'absence d'un mécanisme de paiement fiable. En mai 2010, un accord semblait proche pour reprendre ces exportations. Dans l'attente de la nomination du nouveau gouvernement irakien, le problème reste en suspens. "Ce sera la première question à régler par le nouveau pouvoir central", estime un expert en politique locale, pour qui "les Kurdes seront prêts à un accord avec Bagdad pour exporter leur pétrole".
L'administration kurde se contenterait des 17 % des revenus pétroliers irakiens qui lui reviennent de droit. L'autre obstacle à éliminer sera la fragilité des routes énergétiques. L'oléoduc Kirkouk- Ceyhan est régulièrement saboté et le transport interrompu. Un nouveau pipeline vers la Turquie, relié à Taq-Taq et à Tawke, a été annoncé pour 2014.
Mais les grandes compagnies pétrolières sont encore dans l'attente d'un règlement politique. Pour l'heure, investir au Kurdistan pourrait leur fermer la porte de la région de Bassora, au sud, où se trouvent les plus grandes réserves de brut du pays. Le ministre irakien du pétrole, Ali Al-Sharistani, a menacé plusieurs fois de "blacklister" les compagnies qui signeraient des accords directement avec le GRK. Le chinois Sinopec a été averti après avoir racheté Addax, présent à Taq-Taq. A l'heure actuelle, vingt-huit groupes se sont partagé le territoire kurde, parmi lesquels le français Parenco.
OPACITÉ
Le litige refait surface depuis que Bagdad accuse les autorités régionales kurdes d'exportation illégale vers l'Iran, pourtant placé sous embargo. Des files de camions-citernes franchiraient la frontière. Du pétrole issu de la production locale, traité dans des raffineries clandestines comme il en existe plusieurs dizaines au Kurdistan, serait ensuite exporté au noir. A Erbil, le ministre du commerce, Sinan Chelebi, assure que tout se fait "dans le respect des directives des Nations unies". Pourtant près du site de remplissage du champ de Taq-Taq, des dizaines de camions attendent leur tour. Certains chauffeurs avouent sans peine faire des allers-retours réguliers avec l'Iran. "Les transporteurs sont directement mandatés par le ministre, M. Hawrami", explique Can Savun qui affirme ne pas savoir où vont les chargements.
Dans son bureau du Parlement d'Erbil, la députée Nask Abdul Karim, responsable de la commission sur l'énergie, n'en sait rien non plus. Cette élue de l'opposition islamiste, partisane de la lutte anticorruption, dénonce la contrebande avec l'Iran et, de manière générale, l'opacité totale du commerce pétrolier. "On ne sait pas où vont les revenus du pétrole, ce qu'il y a dans les contrats, personne ne le sait, pas même le premier ministre. Nous avons posé la question au Parlement en février et nous n'avons toujours pas reçu de réponse", clame-t-elle. Combien est exporté et déclaré à Bagdad ? M. Hawrami refuse d'y répondre.
Bagdad juge également certains contrats passés avec le norvégien DNO enveloppés d'un parfum de scandale. L'ex-ambassadeur américain et conseiller à la défense sous l'administration Bush, Peter Galbraith, a notamment reçu 5 % des parts du champ pétrolier de Tawke, au Kurdistan, pour avoir favorisé la signature d'un accord entre les Kurdes et DNO. Enfin le sulfureux Zalmay Khalilzad, ancien ambassadeur américain en Irak et en Afghanistan reconverti dans les affaires, vient d'être nommé membre du conseil d'administration de DNO.

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